Le « vieux » château de Volkrange : huit siècles d’histoire
Aux portes de Thionville et du Luxembourg, le Château de Volkrange se dresse comme l’un des plus anciens témoins de l’histoire locale au cœur d’un parc de 30 hectares. Depuis le Moyen Âge, cette demeure seigneuriale a vu passer familles nobles, administrateurs influents et figures marquantes de la vie publique. Plus de huit siècles d’évolution politique, sociale et architecturale ont laissé leur empreinte dans ses murs.
Aux origines de la lignée de Volkrange et du château (XIIIᵉ – XVe siècle)
Le château est mentionné pour la première fois en 1292, bien qu’une lignée dite « de Volkrange » soit attestée dès le début du XIIIᵉ siècle, et probablement dès le XIIᵉ. Vassaux fidèles des comtes de Luxembourg, les seigneurs de Volkrange marquent durablement la région.
La lignée apparaît avec Arnoux Ier (1208–1240), chevalier cité dans plusieurs traités diplomatiques. Son fils Arnoux II (1240–1268), conseiller de la comtesse Ermesinde de Luxembourg, lui succède et fait édifier le château entre 1242 et 1248. Construit sur un éperon rocheux dominant la vallée de la Fensch, l’édifice comprend alors un pont-levis et quatre tours. Arnoux II étend également les possessions familiales jusqu’à Villers-Bettnach, Fontoy ou Fameck.
Vers 1249, Arnoux II part pour la 7ᵉ croisade avec son futur gendre Gerlach, fiancé à sa fille Irmengarde. Gerlach revient atteint de la lèpre et se retire dans un ermitage construit par Arnoux II et Irmengarde, où il meurt dix ans après son retour. Cette histoire demeure l’un des épisodes les plus marquants du château (consultez la rubrique Légende pour plus d’informations).
Le fils d’Arnoux II, Ferry (1268–1298) jouera par la suite un rôle diplomatique central, participant aux accords de succession de la comtesse Ermesinde aux côtés des ducs de Lorraine et de Luxembourg. Jusqu’au XVe siècle, la lignée se poursuit par héritiers masculins, mais qui sont souvent peu documentés, à quelques exceptions près. On retient notamment Jean Iᵉʳ (1340–1390), qui régna un demi-siècle, une longévité remarquable pour l’époque.
Partages, alliances et conflits seigneuriaux (XVe – XVIIe siècle)
Au milieu du XVe siècle, Jean II de Volkrange (1430–1485) devient vassal du duché de Lorraine. Il bénéficie alors d’une rente importante et acquiert des dépendances à Boulay. À sa mort, son vaste domaine est partagé entre ses deux fils, Gerlach II et Jean III, entraînant le morcellement du patrimoine et la naissance de deux lignées collatérales dans la famille de Volkrange.
Gerlach II (1485–1499), prévôt de Thionville, devient seigneur de Volkrange. Sa famille, alliée aux Schifflange, exerce une influence notable. Son fils Guillaume II (1517–1560) lui succède. Bien que seul seigneur officiel, ses proches conservent une forte proximité avec la seigneurie, au point d’être considérés comme quasi co-seigneurs.
À ce titre, Frédéric Jost de Beschel, duc de Lorraine, et Jean de Lellich, tuteur de Guillaume II, deviennent co-seigneurs. À la mort de Guillaume II en 1560, un long conflit de succession éclate : n’ayant pas d’enfant, son neveu Claude Lellich et son beau-frère Frédéric Jost de Beschel engagent une procédure qui dure un demi-siècle et se résout en 1614. Parmi les nombreux descendants de Claude Lellich, Oswald et Louis de Nassau deviennent co-seigneurs.
Les descendants de Jean III, bien que non régnants, font construire quant à eux une résidence à l’arrière du château, aujourd’hui disparue. Elle se situait à l’emplacement de la façade Est du 8, 10, 12 boucle de la Ferme, dont subsistent un mur et une porte néoclassique datée de 1730.
La guerre de Trente Ans (1618–1648) détruit la moitié du château, probablement lors de la bataille de 1639, laissant l’édifice en partie en ruine.
Reconstruction et aménagement du château : les familles de Pouilly et de Mesnil (XVIIᵉ – début du XIXᵉ siècle)
En 1681, deux héritiers se partagent la seigneurie et cohabitent dans le château : Jean de Pouilly et Charles François Hue de Saint-Rémy. L’édifice est alors très endommagé. Jean de Pouilly en devient propriétaire et entreprend la reconstruction du château tel qu’on le connaît aujourd’hui.
À partir du XVIIIᵉ siècle, la famille de Mesnil réside au domaine. Frédéric Charles Joseph de Mesnil, officier au régiment de Champagne puis maire de Volkrange, rachète les parts de la lignée de Jean III et reconstruit la seigneurie vers 1788. Malgré l’arrestation puis l’exécution de son fils en 1792 dans le contexte révolutionnaire, il parvient à demeurer au château et obtient même des compensations. Il devra malgré tout revendre la moitié du domaine à François Remlinger dix ans après son acquisition.
François Remlinger (1764–1823) transmet le domaine à son fils Jean Pierre. Plus tard, Antoine François Joseph de Nonancourt (1778–1833), époux de Marie Barbe Constance de Mesnil, reprend la succession. Le château redevient alors un centre de pouvoir économique et politique local : les Remlinger et Nonancourt occupent presque continuellement la fonction de maire au XIXᵉ siècle.
Le renouveau du domaine par Barthélemy Bompard (XIXᵉ – XXIᵉ siècle)
En 1840, l’ancien maire de Metz et député Barthélemy Bompard acquiert le domaine auprès de Marie Barbe Constance de Mesnil, contrainte de vendre pour raisons financières. Il rénove le « vieux château » et fait construire une élégante maison de maître juste à côté de celui-ci, le « nouveau château », reconnaissable à ses neuf travées, ses mansardes, sa terrasse et son étang (ancien bâtiment du VTF). Bompard devient maire de Volkrange en 1857. Sa descendance, notamment Jules Marchal et René Barthélémy Marchal, poursuit l’aménagement des deux châteaux et du parc.
En 1986, Nicole Bompard cède une partie du domaine à l’Association Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus, qui en fait un lieu de prière. Par la suite, 70 % du domaine est vendu à la ville de Thionville. Entrés dans le domaine public, les deux châteaux et leur parc cessent alors depuis la fin du XXe siècle d’être réservés aux regards des grandes familles de notables.
Inscrit au titre des Monuments Historiques depuis 1984, c’est aujourd’hui l’association des Amis du Vieux Château de Volkrange, sous convention avec la ville de Thionville, qui est chargé de la mise en valeur du lieu et de sa restauration.
Sources : CHIMELLO Sylvain, Le château de Volkrange et ses chatelains, Ville de Thionville – Archives municipales, Documents thionvillois n°6/7 Editions du ménestrel du château, revue publiée au début des années 2000 Envie d’en apprendre davantage sur l’histoire du château ou de consulter nos ouvrages ? N’hésitez pas à nous contacter par mail.
